« Qui suis-je ? » me demanda la chauve-souris.
Question vertigineuse, aux réponses infinies, pensais-je. Je suis moi, bien sûr, mais lequel d'entre les moi ? Alors qu'au fond, j'ai ce feu ancestral, qui a démarré bien avant que je sois là.
Noyé dans mes racines, je tombe aux profondeurs du monde.
« Aie confiance ! » m'annonça la chauve-souris.
Pourtant, aveuglé, dans ce fond, je reconnais les monstres qui s'y cachent.
« Brille ! » acclame la chauve-souris.
Je voudrais bien, mais j'ai peur d'y voir. Cet éclat que tu me demandes de révéler montrera mes tréfonds, et mes créations de l'ombre m'échapperont. Et si elles remontaient au monde ?
« Je te vois ! » assura la chauve-souris.
Zéro, point zéro, je tourne en rond. Avancer, à quoi bon ? Je tâte à reculons mon obscure, je sombre dans le connu de cet instant qui se répète. De ce que je me répète. Je sombre au connu. Je recule à l'obscure. Je suis bloqué dans un cycle.
« La lumière est déjà là ! » lâcha la chauve-souris d'un ton rieur.
D'une étincelle, je me rends compte que les monstres qui m'entourent ne sont que les ruines d'un autrefois qui semblait me pourchasser.
Si mes yeux sont enfin grands ouverts, je me rends compte du voile qui s'en est allé. Le seul désir qui m'animait était celui de me dévoiler. Alors au fond, au tréfonds, je me reconnais.
Parfois, l'inacceptable arrache les étoiles à nos yeux. Pourtant, offrir son regard à l'incertitude ravive la beauté du monde.
Sans m'en rendre compte, la chauve-souris avait raison. La lumière est déjà là. Ma vue retrouvée, enfin adaptée, me révèle un tourbillon qui s'en va aux profondeurs de l'oubli. À descendre, j'enlève, couche par couche, les entraves qui m'accablent. Ce sont des univers, des mondes qui s'arrachent à moi — et pourtant, à force de mourir, je me reconnais. L'ascension au tréfonds commence là. Je réclame mon origine.
« Le bal d'ouverture commence ! » s'écrie la chauve-souris.
Mon empreinte prend forme, les tambours s'élèvent, le flux reprend, la musique s'enflamme. Je me réveille à soi et j'ouvre mon cœur à l'âme ours — à l'amour, au centre de mon être.
« Qui es-tu ? » me redemanda la chauve-souris en ricanant.
Question vertigineuse, aux réponses infinies, pensais-je.
« Je suis l'Enchanteur » lui répondis-je, d'une voix vibrante.
C'est à cet instant que le monde prit conscience au travers de Soi. Et soudainement, ce qui me semblait sombre et solitaire n'était qu'une illusion.
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Je te retrouve, toi qui attendais. Je témoigne de ton existence.
Et toi, qui es-tu ?